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Ma petite éditrice connaît bien la crise...

mercredi 4 mars 2009, par Oph

Petits éditeurs et gros ennuis

Les temps comme les œufs sont durs et l’envie de lecture atteint ses limites...
Après l’Oxymore et Nuits d’Avril, on a appris coup sur coup début 2009 la cessation d’activité des éditions du Calepin Jaune et Sombre Bohème. Vous ne les connaissiez pas ? C’est bien là le problème.

Les petits éditeurs, vous les croisez dans les divers salons du Livre [1] mais très rarement dans votre FNUC ou votre Margin Gigastore. Leurs livres s’écoulent en général à quelques centaines d’exemplaires et ça suffit à leur bonheur. Le grand public, celui qui ne fréquente pas les salons littéraires, peut d’ailleurs ne jamais connaître leur existence et croire que l’édition française se limite à une quinzaine de grandes maisons (de Gallimard au Rocher en passant par Flammarion ou même Bragelonne).

On a pourtant en France un vivier très actif de petites structures qui font moins du business qu’un travail de passionnés, éditant à leur échelle la littérature qu’ils aiment et non pas celle qui correspond le plus aux tendances actuelles du cœur de cible [2].
Ils sont nombreux, les Malpertuis [3], les Argemmios [4], Griffe d’Encre, Petit Caveau, Sombres Rets ou autres Mille Saisons (pour ne parler que de quelques éditeurs que je connais de près), qui aiment ce qu’ils font et font ce qu’ils aiment, quitte à ne pas rouler sur l’or.
On pourrait croire que tout cela n’est qu’anecdotique, que c’est une petite activité de passionnés en marge de la "grande" littérature blanche et que ces deux mondes ne s’interpénètrent pas et se gênent encore moins. On pourrait. Mais ce serait une erreur.

En effet, je n’ai pas de statistiques fiables en main, mais ce qui ressort des impressions partagées de pas mal de gens, c’est qu’à moins d’être le fils du patron, la petite copine de l’anthologiste ou la belle-sœur du directeur de collection, un "nouvel" auteur qui débarque dans le "grand" paysage littéraire français est presque toujours quelqu’un qui a fait ses armes chez les "petits" [5].
Alors quand la crise économique fait fondre le budget loisirs des Français, quand l’achat de livres est un des premiers à en pâtir parce que tout le monde n’estime pas comme certains [6] que la lecture est un besoin vital, ce sont généralement les petits éditeurs qui trinquent. Parce qu’il faut aller à leur rencontre, parce qu’on ne voit pas leurs livres en tête de gondole dans les hypermarchés de la culture, parce que leurs lecteurs, quoi qu’on en pense, ne sont pas forcément ceux qui ont les plus hauts revenus. Mais à terme, s’ils ne sont pas à même de faire connaître ces écrits que certains gardent dans des tiroirs ou au fond d’un disque dur, on pourrait peut-être ne pas connaître certains écrivains géniaux et passer à côté de textes magnifiques.
Personne n’en mourrait. Mais ce serait dommage.

Bref, si vous êtes en manque de bonnes résolutions pour 2009, voici un défi pas très difficile à relever : avant la fin de l’année, achetez un livre d’un petit éditeur. Un truc qui vous plaît : BD, roman, recueil, anthologie, carnet de voyage, livre de cuisine, peu importe. Mais faites juste ce petit geste qui devrait vous coûter moins de 20 euros et qui multiplié par l’audience de ZoC Radio... euh...
Mais si, ça fera une différence. Il faut y croire très fort.

Oph
qui s’est encore fait jeter par un petit éditeur, mais qui continue à y croire, hein, faut pas désespérer, où est cet annuaire d’appels à textes déjà ?

Notes

[1] Par exemple, festival Zone Franche de Bagneux, 7 et 8 mars 2009, salon du Livre de Paris, du 13 au 18 mars 2009 à la Porte de Versailles...

[2] Typiquement, chez le Navire en Pleine Ville, les bouquins jeunesse ne seront pas des aventures de jeunes sorciers fréquentant l’école de magie "parce que c’est ce que les gamins lisent en ce moment".

[3] Coucou Bis !

[4] Coucou Beltane !

[5] C’est la raison pour laquelle, quand je lis sur le site des éditions Octobre qu’ils ne cherchent pas de jeunes auteurs parce que c’est le rôle des grandes maisons de prendre des risques, ils devraient avoir raison, ce serait dans la logique des choses, mais dans les faits, ça me fait doucement rigoler.

[6] Dont un cheminot qui se reconnaîtra.

4 Messages de forum

  • Et oui, c’est la loose 5 mars 2009 11:56, par Penofchaos

    J’ai bien apprécié cet article, et je plussoie (même si ce verbe n’est pas très littéraire) largement notre chère Oph.

    Je travaille pour ma part avec pas mal de petits éditeurs, des gens qui ont évidemment comme tous le monde leurs qualités et leurs défauts, mais qui ont le mérite d’avoir leur humanité et de lire effectivement les livres qu’ils publient.

    Mais le monde de l’édition, quand on y pense, ressemblera bientôt au monde de la restauration tel qu’il est décrit dans "Demolition Man". Au final, à force que tous les gros se rachètent, il ne finira par rester qu’un énorme éditeur, et rien d’autre. Et hop, terminé la diversité. Quand on sait que ces gens-là achètent leurs droits sur la base de listing de vente des autres, comment vont-ils faire ? Il y a fort à parier que le nombre d’auteurs diminuera d’autant : on garde ceux qui vendent beaucoup, on jette ceux qui ne vendent pas assez. La différence, c’est que "beaucoup" pour un petit éditeur, ça peut être 1000 exemplaires. Pour un gros, le "pas assez" va tourner autour de 10.000... Il y a deux mondes, effectivement.

    • Et oui, c’est la loose 10 mars 2009 21:46, par Alamasse

      Comme l’industrie du disque/du film/du jeu vidéo/de la grande distribution ?

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  • Pauvre nuit d’avril 6 mars 2009 15:44, par Armand

    Nuit d’avril est donc tombé ? Un sale coup pour la littérature horrifique... J’avais acheté quelques bouquins chez eux l’année dernière : c’était agréable à l’œil et agréable à lire. Ils avaient lancé Sire Cédric qui avait débuté sur quelques sites à tendance obscure/morbide il y a quelques années. De bons auteurs dans l’ensemble...

    Le fantastique était déjà pas très présent en France et il est dommage que l’on tourne toujours autour des même auteur anglo-saxons (barker, masterton,king).

    • Pauvre nuit d’avril 7 mars 2009 11:41, par Oph

      Paradoxalement, on dirait qu’il est plus facile de trouver des auteurs en fantasy qu’en fantastique.
      Je m’explique : Mille Saisons, maison d’édition fantasy et fantastique, n’a jusqu’à présent publié que des romans fantasy parce qu’ils reçoivent peu de manuscrits fantastiques et qu’aucun n’a encore attiré leur attention. Ils sont les premiers à le déplorer, d’autant que plus ils publient de la fantasy, plus ça les catalogue et moins ils reçoivent du fantastique...
      Pour les mêmes raisons, leur anthologie annuelle comporte plus de nouvelles fantasy que fantastiques.

      Encore une fois, ça n’a pas valeur de vérité absolue, c’est juste un retour sur l’expérience d’une jeune et jolie patronne qui a été assez gentille pour m’en parler.

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